En Chine, depuis la plus haute antiquité, les pierres font l’objet d’une véritable vénération. Elle sont recherchées pour leur forme, leur couleur, leur texture ou leur sonorité. D’anciennes légendes leur attribuaient des pouvoirs magiques. Elles étaient assimilées à des êtres vivants, pouvant grandir, vieillir et même procréer. On leur reconnaît, aujourd’hui encore, le pouvoir de guérir des maladies et d’éloigner les mauvais esprits.

 

Les pierres zoomorphes, dont les formes rappellent des animaux réels ou imaginaires, y ont toujours été particulièrement appréciées, de même que celles qui représentent des lieux, des paysages, des montagnes, une île ou un rocher.

 

L’art de la sculpture est quasi inexistant en Chine. Oeuvres de piété ou d'apparat, souvent monumentales, les statues ne font pas partie de l’univers du lettré. Aux pierres taillées de main d’homme les Chinois ont de tous temps préféré les pierres naturelles qu’ils recherchent et collectionnent comme des oeuvres d’art.

 

Les riches se ruinaient pour une belle pierre. L’histoire conserve la mémoire d’un préfet qui dépensa dix-mille pièces d’or pour sa collection, ou celle d’un général qui dépensa mille pièces d’or pour acquérir une pierre verte en forme de montagne. Les pierres les plus prisées étaient celles qui ressemblaient à des montagnes ou à des cavernes, images de l’univers tenant dans la paume de la main.

 

Le poète Su Dongpo (1035-1101) avait acheté une pierre verte et blanche, à laquelle il avait donné le nom d’une montagne du Gansu. Il a laissé un poème dans lequel il raconte comment, trouvant sa pierre-montagne trop seule, il lui acquit un compagnon sous la forme d’une autre pierre, “le Mont Jiuhua à l’intérieur d’un vase hu”, pour le prix de cent pièces d’or.

 

Toute pierre est montagne en puissance. Les initiés passent facilement d’une grandeur à une autre. Ces pierres sont objets de méditation. Elles communiquent à celui qui les contemple leur force, leur paix, leur énergie. Devant ces paysages en miniature, le sage se fait tout petit afin de s’y promener, comme fait l’amateur devant une peinture de paysage. C’est ce qu’on appelle le voyage spirituel. Celui qui est capable d’un tel voyage devient immortel.

 

 

Texte librement adapté de “Pierres” de Roger Caillois

 

 

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